Une vraie politique d’incitation à la recherche

Comme beaucoup d’autres UFR en France, ALLSH est trop souvent une uFr. Nous avons conscience que ce déséquilibre est structurel, inhérent aux missions de l’enseignant.e-chercheur.e en France, et non seulement à amU. Mais nous veillerons à ce que la recherche ne soit pas quantité négligeable dans nos discussions et nos actions. Nous demanderons un bilan général sur la place des Arts, des Lettres, des Langues et des Sciences Humaines dans notre université, pour mieux identifier et mettre en évidence les ressources scientifiques dont nous disposons. Nous prendrons une part active à la réflexion en cours sur les sciences en 2040.

Nous encouragerons toutes les initiatives visant à renforcer les liens entre recherche et enseignement, aux niveaux L et M comme D : la formation universitaire doit être une formation par la recherche dès la licence, et au moins une vraie initiation à la recherche dès le master, quel que soit le master considéré. En l’état, il est impossible de revenir sur la bipartition entre VD Formation et VD Recherche, mais nous transformerons le VD Recherche en VD Recherche et Prospective, pour dessiner un horizon à atteindre : les deux dimensions de notre métier doivent être profondément transitives. Dans l’élaboration du prochain contrat d’objectifs et de moyens, nous insisterons pour qu’elles soient tournées l’une vers l’autre et le mieux intégrées possible.

La transitivité de la recherche passe aussi par son ouverture au monde qui nous entoure : par l’écoute de ses attentes actuelles, mais aussi par la capacité à en susciter de nouvelles. La pluralité des compétences scientifiques réunies par ALLSH pourrait nous rendre plus attentif.ves aux grandes questions de société et nous inciter à faire surgir celles de demain. Nous soutiendrons les initiatives en ce sens : des disciplines dont l’intitulé même comporte parfois les adjectifs « ancien » ou « classique » montrent combien ce dialogue peut être inventif et stimulant. Nous appuierons les projets de science ouverte et veillerons à une meilleure coordination de nos politiques d’unité ou de site relatives aux données de la recherche. Nous susciterons les projets de valorisation, ainsi que de SAPS (science avec et pour la société). Nous favoriserons une politique d’innovation plus active, en dialogue avec le monde économique et social, en particulier local. Nous soulignerons cependant que toute science n’a pas à être industrialisée, que la recherche fondamentale prépare la recherche appliquée de demain et qu’elle induit de nouveaux questionnements sur le monde, que nos travaux ont leurs spécificités. Une partie de notre tâche consistera à visibiliser ces spécificités auprès d’amU et d’AMIDEX, afin que leurs appels à projets soient ajustés en conséquence. Pour ce faire, nous renforcerons le dialogue avec nos collègues d’autres disciplines que les SHS : ils ont, de leur côté, besoin de donner du sens à leurs activités et nous pouvons les y aider.

La volonté d’intégration qui est la nôtre implique de ne pas favoriser un type de recherche au détriment d’un autre. Comme la formation et la recherche, la recherche traditionnelle et la recherche sur projets doivent aller de pair, jusqu’à se rapprocher le plus possible. Mais l’on ne fera pas répondre les collègues contre leur gré aux appels qu’ils et elles reçoivent. On ne les fera pas non plus chercher en amputant leurs crédits : c’est le contraire qui se passera. Nous ferons en sorte que le maximum d’appels soient accessibles au plus grand nombre d’EC dans notre UFR, nous faciliterons l’aide au montage scientifique et financier en concertation avec la DRV, mais nous manifesterons l’opposition d’ALLSH à toute modification dans l’évaluation de nos carrières ou à toute évolution de nos financements récurrents qui compromettraient notre liberté et nos orientations de chercheur.es. Quand une modulation de service est accordée par AMIDEX, l’ANR ou l’ERC, nous veillerons à ce que l’EC ne soit pas empêché.e d’en bénéficier effectivement.

Une spécificité d’ALLSH est la double appartenance de certains de ses enseignant.es-chercheur.es et chercheur.es à ALLSH et à la MMSH. Nous affirmons notre attachement à l’indépendance de cette dernière, tout comme nous soutiendrons la Maison de la Recherche dans ses efforts de structuration. Nous ne craignons pas de supposées forteresses internes. Plus la MMSH et la Maison de la Recherche seront puissantes et agiront dans l’esprit d’une collaboration coordonnée, et plus les unités n’appartenant ni à l’une ni à l’autre seront libres de leurs actions, plus ALLSH sera forte par ricochet. Sur ce point comme sur les autres, notre programme est régi par un principe de confiance et un souci de collaboration maximale entre tous les acteurs et toutes les actrices.

Une manière, pour ALLSH, de développer une vraie politique de recherche consistera à coordonner puis à soutenir activement les projets d’instituts élaborés en son sein. La spécificité et la taille de notre UFR en font un merveilleux outil interdisciplinaire : encore faut-il accompagner cette rencontre des disciplines et permettre ce travail en commun. Les tâches du comité de la recherche ne seront pas seulement des tâches d’évaluation de projets d’initiatives scientifiques ou de fiches de poste. Il lui sera confié la mission d’identifier et de favoriser les convergences et interactions disciplinaires, pour faire émerger des projets vraiment transversaux. La création d’au moins un nouvel institut, lors de la prochaine campagne, doit être une priorité de notre UFR . Un retour d’expérience circonstancié sera demandé aux collègues ayant déposé en 2025. L’appui nécessaire sera fourni aux porteur.ses de projets futurs, dans toutes les phases de leur travail jusqu’au suivi post-résultats. En contrepartie, ces porteur.ses devront veiller à ce que leur travail bénéficie à ALLSH, à son unité et à ses synergies.

Un.e EC qui ne fait pas de recherche est un.e E : il lui manque une partie de lui-même ou d’elle-même. Or, nous croyons que nul.le ne s’ampute ainsi volontairement de sa moitié. C’est pourquoi nous sommes résolument hostiles à la modulation de service. Notre conviction est qu’il faut au contraire dégager du temps pour la recherche : c’est là une condition essentielle de notre épanouissement personnel. Nous ne pouvons certes pas multiplier les possibilités de congés ou de délégations, mais en liaison avec les directeur.trices d’unité, qui peuvent identifier et doivent solliciter les personnes concernées, nous mettrons en œuvre une politique d’incitation à candidater : nous déplorons en particulier que notre UFR ne fasse remonter que très peu de demandes de délégations auprès du CNRS, alors que le taux de réussite est de plus de 50% dans la plupart des sections qui nous concernent.

Nous souhaitons que tous les chercheur.es, débutant.es ou confirmé.es, puissent lire et travailler quand ils le souhaitent. En concertation avec le niveau central, sans lequel rien ne pourra être fait, et dans une dynamique d’écoute permanente des personnels, nous réfléchirons aux dates, aux jours et aux horaires d’ouverture de la bibliothèque des Fenouillères. Cette réflexion supposera un dialogue avec les autres bibliothèques universitaires de France ayant mené des expériences concluantes.

Nous ferons aussi en sorte qu’un site ou qu’un bâtiment au moins d’ALLSH soit ouvert aux doctorant.es, aux enseignant.es-chercheur.es et aux chercheur.es CNRS tout l’été. Si les personnels de plusieurs bâtiments ou sites sont prêts à s’engager, nous proposerons que ce « Safe place for science in summer » tourne selon les années, afin que nos différents lieux de travail soient familiers à tou.tes. Des collaborations de recherche se développeront ainsi naturellement.

Pour conclure, nous réaffirmons avec force que notre bien-être au travail dépend de notre liberté de chercheur.es. Cette liberté n’est pas seulement matérielle. Elle inclut la liberté d’expression. La loi fixe les limites de cette dernière, et nous les ferons respecter avec rigueur, notamment dans l’usage des réseaux sociaux. Mais cette liberté d’expression ne sera pas à géométrie variable selon les sujets. Chercheur.es, nous devons nous conformer aux principes de l’intégrité scientifique et ne reconnaissons qu’à nos pairs le droit de décréter ce qui relève ou non de la science. Comité de la recherche, Commission de la recherche, CNU, CoNRS : il existe des instances pour cela.

Nous nous engageons de manière inconditionnelle à soutenir une recherche digne d’un service public libre et indépendant.